# 121-4804-07NO14  BACK  ARCHIVE

Invisible Film

Ecole Beaux Arts Brest  •  France [FR] 14 Nov  • 23 Nov | 2007

À l’occasion de la 22e édition du festival européen du film court, la Galerie de l’école accueille une installation vidéo de Melik Ohanian (né en 1969), l’une des figures majeures de la nouvelle génération des artistes français. Il s’est surtout fait remarquer à l’étranger pour la qualité de ses œuvres qui interrogent à la fois la réalité matérielle du spectacle cinématographique, la relation espace-temps dans le cinéma, le fonctionnement de la mémoire humaine, la notion d’image invisible, l’existence de réalités plurielles, et la relation de l’individu à la société.

La configuration en labyrinthe obéit ici aux strictes prescriptions de la fiche technique délivrée par l’auteur. Le spectateur est invité à se déplacer dans deux espaces précisément circonscrits où il est confronté à une sorte de déconstruction des conditions de diffusion du film et à son apparente disparition. D’entrée de jeu, il est accueilli par un écran plasma où se succèdent les sous titres en français des dialogues et à la bande son du film. Il en découvre ensuite les images à l’issue d’un long couloir. Image et son ainsi dissociés désarticulent l’architecture filmique. Melik Ohanian entraîne le visiteur aux limites du médium cinéma; un visiteur désarçonné et fasciné de n’être spectateur d’aucune action sinon la diffusion en temps réel, sur les lieux même du tournage, d’un film de Peter Watkins, « Punishment Park » (1971). L’aridité sans fin du paysage et les légères palpitations d’atmosphère absorbent l’infime perception des images flottant dans l’air du désert californien. Face à l’immensité désertique, le projecteur diffuse imperturbablement des images invisibles. Émancipé de sa relation à l’image, le spectateur est libre de (re)construire la narration suggérée par les dialogues. Apparemment amputé, le film invisible est pourtant bien là, ramené à sa réalité matérielle, aux circonstances géographiques et politiques de son tournage. Au-delà cependant d’un quelconque sens historique, le travail de Melik Ohanian souligne l’acuité plus actuelle que jamais de la pensée de Watkins en abolissant radicalement la valeur anecdotique de l’image.

« Punishment Park » (1971), de Peter Wtakins (réalisateur britannique né en 1935), appartient au genre du pseudo documentaire (film de fiction obéissant aux règles d’écriture et de construction du documentaire). Tourné durant la guerre du Vietnam, ce film contestataire dénonce la politique va-t-’en-guerre et répressive de Richard Nixon. Dans le désert de Californie une équipe de télévision tourne un reportage sur un groupe d’étudiants jugés coupables de haute trahison en vertu d’une loi de 1950 remise à l’honneur par Richard Nixon, le McCarran Act qui autorise le gouvernement à incarcérer toute personne suspectée de mise en péril de la sécurité intérieure. Condamnés à des peines allant de sept à vingt-et-un ans de prison, les étudiants rebelles échapperont à cette sanction hors de proportion en se soumettant à une mise à l’épreuve “rédemptrice”. En moins de quatre jours, sans eau ni nourriture sous une canicule accablante, traqués par des policiers déterminés à les abattre, ils devront parcourir quatre-vingt-cinq kilomètres pour atteindre le drapeau américain. Victimes d’une parodie de procès à l’issue duquel ils acceptent  cette chasse à l’homme dans la promesse de leur libération, resteront-ils, fatalistes, fidèles à leurs idéaux? décideront-ils d’affronter les forces de l’ordre? ou partiront-ils à la quête du drapeau? Le film a été censuré pendant vingt-cinq ans aux États-Unis, et la rareté de sa diffusion en salle ou sur les chaînes de télévision en font au sens propre un film invisible, ou presque.

Avec l’aimable concours de la galerie Chantal Crousel

—–

Galerie de l’école
École supérieure d’arts de Brest
18, rue du Château
29200 Brest
02 98 00 87 34 / 06 31 43 25 00
Entrée libre. Du lundi au jeudi de 14h à 18h. Le vendredi de 14h à 17h.