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Lightbox • Programmation Video

Le Georges • Centre Pompidou Paris  •  France [FR] 16 Mar  • 15 Apr | 2010

Programme vidéo conçu par Bureau Des Vidéos pour Costes, restaurant Le Georges, dernier étage du Centre Pompidou à Paris.
Monthly video program curated by bdv for Georges restaurant at Pompidou Center.

du 16 au 31 mars 2010

SEVEN MINUTES BEFORE – comment 3D
MELIK OHANIAN 18’33’’, DVD PAL, 2006
Courtesy de l’artiste et galerie Chantal Crousel

Cette vidéo est la modélisation en trois dimensions du tournage de Seven Minutes Before (2004)*, film de Melik Ohanian. Sur sept écrans mitoyens, tournés en une seule prise et en temps réel dans une vallée du Vercors, sept planséquences synchrones y sont amenés à se rencontrer lors d’une scène finale: l’accident d’un camion conduisant à son explosion. Archive documentaire et image technologique, partition filmique et post-scénario, Seven Minutes Before – comment 3D inventorie en temps réel, les espaces et le temps des parcours de ces sept points de vue mobiles.

Mais ce temps de l’oeuvre initiale n’importe pas tant que celui d’un scénario autrement plus vaste qui s’infiltre de manière arborescente dans le réel : au film et à la 3D se greffent une carte, représentation en deux dimensions de l’espacetemps du film, un livre, Cosmograms (2005)**, interprétation théorique de l’oeuvre par une vingtaine d’intervenants de divers horizons académiques (astrophysique, philosophie, art…), dont le lancement fut l’occasion, pour la première édition de Performa à New York, de deux évènements-happenings dont A Moment As An Event, voyage en ferry-boat vers une île au large de Manhattan. Les tentaculaires parties du cycle, rattachées organiquement, forment une seule oeuvre totale scénarisée. Il faut alors voir, dans le sacrifice du montage qui aurait pu réaliser l’assemblage des sept espaces-temps, la préférence de la coexistence de ces derniers. Les oeuvres naissent comme des avatars, interprétations sur un seul et même thème : la simultanéité, sorte d’impossible omniscience, d’irréelle vision panoptique.

Ces différentes métamorphoses d’un unique concept explorent la problématique des correspondances entre un espace et un autre, un temps et un autre, un domaine d’interprétation du monde et un autre. Métaphore d’un art qui s’ouvre à d’autres champs que celui éculé d’une histoire de l’art tournée sur elle-même, l’oeuvre se dresse contre les grandes histoires et causes modernes fédératrices pour exprimer une certaine hétérogénéité contemporaine postmoderne. A un moment où l’espace est le lieu de la propagation du temps, où les informations ne cessent de circuler, Melik Ohanian crée un nouveau paradigme : le « temps zéro »***, incarné par cet accident qui n’a d’autre raison d’exister que d’être le point d’où divergent et convergent toutes les histoires. Et d’être à l’image d’un monde où les réseaux de rencontre des individus ont supplanté le parallélisme des masses populaires politisées.

Jeanne Dreyfus

* Seven Minutes Before a été réalisé pour la représentation française à la Biennale de Sao Paulo en 2004
** Cosmograms, livre réalisé en 2005, en collaboration avec Jean-Christophe Royoux. Edition Sterneberg Press
*** Voir texte « Le Temps Zéro» de Jean-Christophe Royoux.

du 1 er au 15 avril 2010

NIGHTSNOW
MELIK OHANIAN
5’, DVD PAL, 2001
Courtesy de l’artiste et galerie Chantal Crousel

Îles Vestmann, au large de l’Islande. Dernière zone éclairée du territoire. Une route ascendante. À droite, des lampadaires, longues tiges linéaires prolongées d’un oeil circulaire lumineux en leur extrémité. À gauche, un entrepôt, forme de cube, architecture pré ou post-humaine tremplin d’un flot de neige. L’artiste est celui « à qui l’obstacle sert de tremplin » disait Gide. En d’autres termes, une composition géométrique avec les premières lettres de son alphabet : ligne, cercle et carré. Un ballet de particules de neige, vient s’opposer par son immatérialité à ce décor muet et former, à la surface de l’écran, une poésie colorée kaléidoscopique, manifeste pour une nouvelle vision.

Est-ce une vision romantique, selon laquelle il faudrait « romantiser le monde, faire apparaî tre monumental l’insignifiant, plein le vide »(Novalis) ? Est-ce donc, à travers ce paysage où toute identification est rendue impossible, son questionnement par un appareil de vision, soit-il photographique ou cinématographique ?

L’intérêt de Melik Ohanian pour la photographie est connu, dont le noir et le blanc constituent ici une évocation discrète là où s’affirme la fixité totale de l’objectif. Filmer, c’est, selon Jean-Christophe Royoux « la synthèse de l’appareil photographique et de la voiture ou de la locomotive ». Ici, un plan-séquence, créé par l’appareil fixe, capte une voiture de police qui passe.

Ancrée dans ces pratiques, l’oeuvre ne s’en situe pas moins dans une entreprise de déconstruction : négation de l’instant photographique par l’atemporel et celle du temps abstrait du montage cinématographique par des contre – évènements en temps réel – le passage d’une voiture, du vent, de la neige.

Entre observation scientifique immuable et vertige de la destruction kaléidoscopique, l’oeuvre nous fait vivre l’expérience d’un aveuglement spatial et temporel, comme le symbolise cette main décidée effaçant les flocons sur l’écran. L’aveuglement d’un sens appelle à l’éveil d’un autre, intérieur peut-être. Tremplin pour une nouvelle vision ?

Jeanne Dreyfus
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Le Georges – [RESTAURANT]
Centre Pompidou
19, Rue Beaubourg
6ème étage
75004 Paris

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