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Nightsnow • 2001 © Melik Ohanian
Nightsnow • 2001 © Melik Ohanian
Nightsnow • 2001 © Melik Ohanian
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Nightsnow

2001
work: #15 | category: Video

Nuit mi noire, mi blanche. À gauche, on devine des constructions. Au bout de la route, une lumière - la dernière. Film « immobile » et muet, Nightsnow met l’image à l’épreuve de la durée. La boucle, qui scelle le retour du même, l’enserre dans un temps cyclique, une léthargie qui n’est pas étrangère à la neige. 5 minutes 1 secondes, indéfiniment répétées, où le temps s’étire dans l’observation. Théâtrale, l’image nous immerge dans une atmosphère feutrée, une permanence qui appartient au monde naturel et non humain. L’échelle de la projection, invite le spectateur à s’y plonger - à l’instar d’estampes ou de paysages romantiques, qui conduisent le regard du proche vers le lointain.

Non préméditée, cette œuvre minimale doit le jour à la tempête de neige qui retint six jours durant l’artiste dans l’archipel des îles Vestmann, en Islande - alors qu’il cherchait à rejoindre l’île de Surtsey, où prenait corps le projet Island of an Island. Micro-événement, ce film résulte de l’enregistrement d’un phénomène insaisissable. L’image, une fois cadrée, est vécue plus que fabriquée, puisque l’opérateur s’efface, fait place à ses alter ego naturels que sont la neige et le vent. Eux seuls sont en mouvement, et deviennent sujets, agissants - si l’on excepte la voiture de police qui patrouille et paraît par moments, rappelant l’urbanité du hors-champ. Le retour des phares crée une boucle au cœur de la boucle, une mise en abîme qui fait de cette œuvre un contre-chant - muet - au thème inlassablement repris. Au fil du temps, les flocons recouvrent l’écran, et diffractent peu à peu la vision. Jusqu’au moment où, de nouveau, la main de l’artiste vient dégager le point de vue, déciller le regard - la boucle a recommencé.

« Nightsnow », en un mot, unit deux éléments : la nuit, le noir - la neige, le blanc. Neige qui, de nuit, n’apparaît que là où il y a lumière. A travers la rencontre entre un phénomène électrique, et un phénomène climatique, l’artiste filme la limite - limes qui dans le monde romain désigne à la fois la frontière et le chemin – entre l’artificiel et le naturel, le visible et l’invisible, le maîtrisé et l’inconnu. Dernière lumière de l’île, cet ultime lampadaire, à l’instar de l’artiste, incarne un seuil entre deux univers, et rend tangible la neige et le vent qui semblent danser sous son regard. Tout tient donc à cette unique source de lumière, puisque si elle était éteinte, ou dépassée, tout resterait invisible.

Scénario du presque rien, Nightsnow réduit les moyens filmiques à leur essence : lumière, et temporalité. Nulle narration - l’unique « action » à percevoir étant celle produite par l’aléa de la neige et du vent. Moment de latence, ce plan sans fin ouvre une brèche dans l’espace-temps de l’exposition : il crée un théâtre du vide, qui plus que spectacle, se fait réceptacle, des corps et des regards guettant ses imperceptibles évolutions.

— Anne Bertrand, extrait de Krystale Company, 2003

ENG

Snow, night. It's cold. I'm not cold. Not quite dark since I can see the darkness from where I am. I'm waiting, I'm not waiting for anything in particular, I don't know what i'm waiting for, why, I only know that i'm waiting — vaguely. I forget what there was before, I ignore what is going to happen exactly, what I'm going to encounter, I think of those who i just went see. For the moment, everything is possible. I don't know how long I've been waiting: It feels like it's been a long time, minutes, but not that long. Not a single sound, even muffled, muted. Nothing happens. It does start to snow again though, flakes a snow flurry, it falls thick, tight, great burst that one doesn't hear, white veils against a dark backdrop, passing through the sodium light before fading. The absence of sound, of color, maybe of a person, gave me the feeling of arriving in this moment just a little too early or too late, of taking it by surprise in a state of emptiness. Where am I? Who am I then? I'm here.

— Anne Bertrand, translated by Simon Pleasance in Krystale Company, 2003

FRA
Texte de Garance Malivel à partir d'entretiens avec Melik Ohanian © 2012

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