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Futuring, [Cosmos] • 2011 © Melik Ohanian
Futuring, [Cosmos] • 2011 © Melik Ohanian
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Futuring

[Cosmos]

2011
work: #125 | category: Installation

Un globe de verre de 33cm, monté sur un pied en métal. Fixé en deux points sur un axe incliné, il rappelle les globes terrestres utilisés depuis la fin du XVème siècle par les géographes. Présenté au centre d’un socle cubique surmonté d’un miroir, celui-ci existe en deux versions : Planet, dont le verre fabriqué industriellement est homogène ; et Cosmos, dont le verre fabriqué artisanalement est criblé de bulles d’air. L’artiste voit dans la première l’image de notre planète, tandis que se lit dans la seconde un univers, un macrocosme dans un microcosme.

 

Cette sculpture est née de l’idée d’inversion des pôles. Ce phénomène géologique, fréquent à l’échelle de l’histoire de la Terre, résulte d’une perturbation du noyau qui entraîne une migration des pôles magnétiques à la surface du globe. À l’issue de ce processus, les pôles retrouvent leur position initiale, ou permutent. Aujourd’hui, la diminution de l’intensité du champ magnétique laisse présager une possible inversion des pôles d’ici quelques milliers d’années. Futuring se plaît à donner une interprétation visuelle de ce phénomène aux conséquences encore incertaines. Le miroir forme un axe où se projette une image inversée du monde : le pôle « sud » du globe y devient le « nord », et le « nord » y devient le « sud ». La sphère de verre, elle, offre un jeu complexe d’inversion du haut et du bas, de la gauche et de la droite des éléments qui s’y reflètent et s’y déforment.

 

Objet d’attraction et de fascination, l’œuvre incite au jeu, au déplacement. Elle se pratique, et fait du visiteur un expérimentateur qui gravite autour. La sphère, en absorbant puis renvoyant une image inversée de nous-mêmes et du lieu, met en corrélation différents points de l’espace. Elle fait de son contexte un monde, qui évolue sans cesse au gré des points de vue. À la manière d’une loupe, elle offre de la réalité une vision hypertrophiée et fragmentaire, où la partie devient le tout. Cette sphère, finalement, produit des univers. Elle fonctionne comme un globe oculaire - qui s’empare d’un champ du réel, en inverse l’image, puis le livre à l’interprétation, ou à l’imaginaire. Articulant une lentille, un miroir, et la lumière, cet objet est aussi de nature photographique. Il est dans tous les cas un capteur, un espace de projection et d’invention où se faire son cinéma.

 

Œuvre prospective, Futuring invente un verbe exprimant l’avenir, qui n’existe ni en français, ni en anglais. Si sa forme évoque celle d’une boule de cristal, elle ne postule pourtant rien. Cet instrument de mesure privé de signe, d’échelle, ou de graduation, ne livre ni certitude ni vérification. Il déploie une cartographie paradoxale, muette, où s’efface la rationalité de notre rapport au monde. Comme souvent, Melik Ohanian s’empare de données scientifiques qu’il rend visibles, détourne, et infléchit. De sorte que cet outil supposé d’orientation se fait celui d’une désorientation. Il montre le monde en détail, mais inversé, privilégie la pluralité à la monofocalité. Il invite, en somme, à faire un pas de côté - afin de questionner la relativité de nos perceptions et la place que nous occupons dans l’espace.

— Texte de Garance Malivel à partir d'entretiens avec Melik Ohanian © 2012

View Futuring (planet) 

Texte de Garance Malivel à partir d'entretiens avec Melik Ohanian © 2012

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Futuring [Cosmos]

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